Trois lettres sur un contrat peuvent déterminer qui organise le transport, paie les frais et assume les dommages en cours de route. Les Incoterms 2020 clarifient ces responsabilités pour chaque livraison de marchandises : encore faut-il choisir une règle adaptée au mode d’expédition, au point de remise et aux capacités douanières de chaque partie.
L’article en bref
Un Incoterm bien choisi rend les échanges internationaux plus lisibles et limite les désaccords au moment de l’expédition. Voici les repères essentiels pour comparer les principales règles et déterminer celle qui correspond à votre opération.
- Version de référence : Les Incoterms 2020 restent la dernière édition publiée par l’ICC.
- Deux familles : Sept règles couvrent tous les modes, quatre le maritime et fluvial.
- Point de vigilance : Les coûts et les risques ne basculent pas toujours simultanément.
- Choix opérationnel : Le lieu précis et les formalités douanières orientent la règle adaptée.
La bonne règle est celle que chaque partie peut appliquer sans ambiguïté.
Incoterms : des règles pour organiser le transport international
Publiés par la Chambre de commerce internationale (ICC), les Incoterms répartissent entre vendeur et acheteur les obligations liées à la livraison. La version 2020, entrée en application le 1er janvier 2020, demeure la plus récente en 2026 ; il n’existe pas d’édition 2024.
Chaque règle précise notamment qui organise et paie le transport, qui accomplit les formalités d’exportation et d’importation, et à quel moment s’opère le transfert des risques. Elle ne fixe toutefois ni le transfert de propriété, ni le prix de vente, ni les modalités de paiement : ces points doivent figurer séparément dans le contrat.
Imaginez une PME qui expédie des pièces industrielles à l’étranger. Si une palette est endommagée pendant le trajet, l’Incoterm choisi aide à déterminer quelle partie supporte le risque à cet instant, même si l’autre a payé une partie du transport. La règle ne remplace pas l’assurance, mais elle permet de savoir qui doit anticiper la couverture.
Deux familles d’Incoterms selon le mode d’expédition
Sept règles s’appliquent à tous les modes de transport, y compris aux chaînes multimodales combinant route, air et mer : EXW, FCA, CPT, CIP, DAP, DPU et DDP. Les quatre autres — FAS, FOB, CFR et CIF — sont réservées au transport maritime et fluvial.
Cette distinction est concrète : un conteneur remis à un terminal avant d’être chargé sur un navire ne suit pas le même parcours qu’une cargaison en vrac embarquée directement. Choisir une règle adaptée à la réalité de la manutention évite les zones grises dans la répartition des responsabilités.
Tableau des 11 Incoterms 2020 : transport, risques et douane
Le tableau ci-dessous présente le point de bascule du risque et la responsabilité habituelle des parties concernant les formalités douanières. Le lieu convenu doit toujours être précisé dans le contrat : une mention telle que « FCA, entrepôt du vendeur, adresse complète » est plus exploitable que « FCA France ».
| Règle | Modes | Transfert du risque | Douane export | Douane import |
|---|---|---|---|---|
| EXW | Tous modes | À la mise à disposition chez le vendeur | Acheteur | Acheteur |
| FCA | Tous modes | À la remise au transporteur convenu | Vendeur | Acheteur |
| CPT | Tous modes | À la remise au premier transporteur | Vendeur | Acheteur |
| CIP | Tous modes | À la remise au premier transporteur | Vendeur | Acheteur |
| DAP | Tous modes | À destination, prêt à décharger | Vendeur | Acheteur |
| DPU | Tous modes | À destination, après déchargement | Vendeur | Acheteur |
| DDP | Tous modes | À destination, prêt à décharger | Vendeur | Vendeur |
| FAS | Maritime et fluvial | Le long du navire au port de départ | Vendeur | Acheteur |
| FOB | Maritime et fluvial | Une fois la marchandise chargée à bord | Vendeur | Acheteur |
| CFR | Maritime et fluvial | Une fois la marchandise chargée à bord | Vendeur | Acheteur |
| CIF | Maritime et fluvial | Une fois la marchandise chargée à bord | Vendeur | Acheteur |
Les formalités d’importation relèvent de l’acheteur dans toutes ces règles, sauf en DDP. Les frais de transport, eux, ne suivent pas systématiquement le transfert du risque : cette différence est particulièrement importante avec CPT, CIP, CFR et CIF.
EXW, FCA, DAP et DDP : les règles multimodales expliquées
Les règles multimodales couvrent les transports routiers, aériens, ferroviaires et les combinaisons de plusieurs modes. Elles permettent d’adapter la livraison de marchandises au niveau de contrôle que vendeur et acheteur souhaitent conserver.
EXW et FCA : organiser le départ de la marchandise
EXW (Ex Works) prévoit que le vendeur mette la marchandise à disposition dans un lieu convenu, souvent ses locaux. L’acheteur prend en charge le chargement, le transport et les formalités d’exportation comme d’importation. Cette formule peut sembler simple pour le vendeur, mais elle complique souvent les démarches d’un acheteur établi à l’étranger.
Avec FCA (Free Carrier), le vendeur dédouane la marchandise à l’export puis la remet au transporteur désigné par l’acheteur, à l’endroit convenu. Si la remise a lieu dans les locaux du vendeur, celui-ci charge le véhicule de collecte ; si elle se déroule ailleurs, la marchandise est mise à disposition prête à être déchargée. Pour une PME qui débute à l’export, FCA offre souvent un partage des tâches plus réaliste qu’EXW.
CPT et CIP : le vendeur paie le trajet, mais le risque bascule tôt
En CPT (Carriage Paid To), le vendeur paie le transport jusqu’au lieu de destination nommé, mais le risque passe à l’acheteur dès la remise au premier transporteur. Le paiement du trajet jusqu’à destination ne signifie donc pas que le vendeur assume les dommages pendant tout le parcours.
CIP (Carriage and Insurance Paid To) suit le même principe, avec une assurance souscrite par le vendeur. Selon les Incoterms 2020, la couverture prévue est généralement plus étendue que celle exigée en CIF : elle correspond aux Institute Cargo Clauses (A) ou à une couverture équivalente, sauf accord différent entre les parties.
DAP, DPU et DDP : livrer au lieu de destination
Avec DAP (Delivered at Place), le vendeur supporte les coûts et les risques jusqu’au lieu convenu, où la marchandise est prête à être déchargée. L’acheteur reste chargé du dédouanement à l’import et des droits et taxes correspondants.
DPU (Delivered at Place Unloaded) va plus loin sur la manutention : le vendeur assume le déchargement au lieu de destination. C’est la seule règle qui lui impose cette opération. À l’inverse, sous DAP, il faut s’assurer que le destinataire dispose du matériel et du personnel nécessaires pour décharger le véhicule.
DDP (Delivered Duty Paid) confie au vendeur les formalités d’exportation, de transit et d’importation, ainsi que les droits et taxes à l’arrivée. Cet engagement maximal mérite une vérification préalable : selon le pays, le vendeur peut devoir disposer d’un numéro fiscal local ou recourir à un représentant fiscal. Le déchargement reste en principe à la charge de l’acheteur.
Pour une entreprise qui vend à un client étranger, DAP peut simplifier l’expérience de livraison sans lui faire porter les obligations fiscales locales du DDP. Le choix dépend donc autant des moyens douaniers du vendeur que du confort attendu par le client.
FAS, FOB, CFR et CIF : les Incoterms maritimes
Ces quatre règles concernent le transport maritime ou fluvial et s’appuient sur des étapes physiques au port. Elles sont particulièrement pertinentes pour des marchandises en vrac ou des colis chargés directement à bord, mais ne conviennent pas à tous les flux conteneurisés.
FAS et FOB : le transfert au port de départ
FAS (Free Alongside Ship) signifie que le vendeur livre la marchandise dédouanée à l’export le long du navire, au port convenu. Le risque passe à l’acheteur à ce moment. Cette règle peut convenir aux cargaisons en vrac ou aux colis hors gabarit.
En FOB (Free On Board), le vendeur livre la marchandise dédouanée et chargée à bord du navire désigné par l’acheteur. Le transfert du risque intervient une fois le chargement effectué, et non au « passage du bastingage », ancienne référence qui ne correspond plus à la formulation des règles actuelles.
Pour un conteneur, FCA est généralement plus approprié : le vendeur remet souvent le conteneur au terminal, plusieurs jours avant qu’il soit chargé sur le navire. Ce décalage rend le point FOB moins fidèle au déroulement réel de l’expédition.
CFR et CIF : frais payés jusqu’au port d’arrivée
En CFR (Cost and Freight), le vendeur paie le fret jusqu’au port de destination, mais le risque est transféré à l’acheteur dès que la marchandise est chargée à bord au port de départ. La distinction entre coûts et risques mérite d’être clairement comprise avant de signer.
CIF (Cost, Insurance and Freight) ajoute au fret une assurance maritime minimale souscrite par le vendeur, généralement conforme aux Institute Cargo Clauses (C). Le risque, lui, bascule toujours au chargement à bord au port de départ. Pour approfondir la répartition prévue par le terme CFR dans le transport maritime, il est utile de comparer précisément les frais pris en charge et le point de livraison.
Une entreprise qui achète en CIF ne doit donc pas confondre assurance fournie et couverture complète. Selon la valeur et la sensibilité de la marchandise, une protection supplémentaire peut être nécessaire.
Répartition des coûts et transfert des risques : les points à vérifier
Le lieu où le risque bascule et le point jusqu’auquel le vendeur paie le transport peuvent être différents. C’est le cas des règles dites « en C » : le vendeur finance une partie du trajet principal, alors que l’acheteur peut déjà supporter le risque de perte ou d’avarie.
Par exemple, sous CFR, une cargaison endommagée après son chargement à bord mais avant l’arrivée relève du risque de l’acheteur, même si le vendeur a payé le fret maritime. La preuve de remise, les documents de transport et une assurance adaptée prennent alors une importance particulière.
Le déchargement constitue un autre point de friction fréquent. Une livraison DAP dans un site sans quai ni chariot élévateur peut entraîner des frais imprévus si personne n’a prévu un hayon ou de la main-d’œuvre. Préciser les moyens de réception dès le devis évite de transformer une livraison planifiée en arbitrage coûteux.
Pour clarifier le calcul des frais entre vendeur et acheteur, la comparaison avec les règles de transport et de fret en CFR permet de repérer les coûts qui restent à prévoir à destination, notamment les frais de terminal et les opérations de manutention.
Comment choisir un Incoterm adapté à votre expédition
Le bon choix ne se résume pas à retenir la règle la plus avantageuse sur le papier. Il faut vérifier qu’elle correspond au mode de transport, aux capacités de chaque partie et au lieu réel où la marchandise sera remise.
- Définissez le mode de transport. Pour un acheminement multimodal ou un conteneur, privilégiez une règle conçue pour tous les modes, comme FCA ou CPT, plutôt qu’un terme maritime inadapté.
- Évaluez le contrôle souhaité. Si vous voulez choisir le transporteur principal, FCA peut convenir ; si vous organisez la livraison jusqu’au destinataire, DAP peut être plus pertinent.
- Vérifiez les capacités douanières. EXW peut poser problème à un acheteur non-résident pour les formalités d’exportation ; DDP exige du vendeur qu’il maîtrise les obligations à l’import dans le pays de destination.
- Précisez le lieu exact. Indiquez l’adresse, le terminal ou le quai concerné, et non un pays ou une ville trop vaste.
- Alignez l’assurance sur le risque. Identifiez la partie qui assume le risque à chaque étape et vérifiez que la couverture correspond à la valeur des biens.
- Harmonisez les documents. Faites figurer la règle, le lieu convenu et l’édition Incoterms applicable dans le contrat, la facture et les instructions de transport.
Une PME fictive expédie des équipements vers un client européen : elle peut choisir FCA pour les commandes où l’acheteur maîtrise son transporteur, et DAP lorsque le vendeur souhaite coordonner l’acheminement jusqu’au site. Dans les deux cas, le lieu de remise exact et les opérations de déchargement doivent être convenus avant le départ.
Les erreurs courantes à éviter dans un contrat d’Incoterm
- Choisir EXW sans vérifier l’exportation : l’acheteur établi à l’étranger peut rencontrer des difficultés pour accomplir les formalités de sortie.
- Utiliser FOB pour un conteneur : le terminal et la remise au transporteur sont souvent mieux décrits par FCA.
- Omettre le lieu précis : « FCA France » laisse une marge d’interprétation ; indiquez l’adresse ou le terminal convenu.
- Accepter DDP sans vérifier la fiscalité locale : droits, taxes et éventuelles obligations de représentation peuvent incomber au vendeur.
- Confondre transport payé et risque assumé : sous CPT, CIP, CFR et CIF, le risque peut être transféré avant l’arrivée.
Une facture, un contrat et un ordre de transport cohérents facilitent le traitement d’un incident. À l’inverse, des lieux ou des responsabilités contradictoires peuvent compliquer une réclamation et retarder la résolution du litige.
Questions fréquentes sur les Incoterms DAP, FCA, CIF et EXW
Quelle version des Incoterms est en vigueur en 2026 ?
La version Incoterms 2020 reste la plus récente publiée par la Chambre de commerce internationale. Les parties peuvent néanmoins convenir d’une édition antérieure en la mentionnant explicitement dans leur contrat.
Quelle différence entre DAP et DDP ?
Avec DAP, le vendeur livre au lieu convenu, mais l’acheteur effectue le dédouanement à l’import et paie les droits et taxes. Avec DDP, ces formalités et ces montants reviennent au vendeur, qui doit vérifier qu’il peut les prendre en charge dans le pays de destination.
Quel Incoterm privilégier pour un conteneur maritime ?
FCA est généralement plus adapté qu’FOB, car le vendeur remet le conteneur au transporteur ou au terminal avant son chargement sur le navire. FOB convient davantage aux marchandises livrées directement à bord, comme certaines cargaisons en vrac.
Quelle est la différence entre CIP et CIF ?
CIP s’applique à tous les modes de transport et prévoit une couverture d’assurance du vendeur généralement conforme aux Institute Cargo Clauses (A). CIF est réservé au maritime et au fluvial et impose une couverture minimale de type Clauses (C). Dans les deux cas, le risque bascule avant l’arrivée à destination.
Qui paie les droits de douane à l’importation ?
L’acheteur les prend en charge dans toutes les règles, sauf DDP, où cette responsabilité revient au vendeur. Le contrat doit préciser la règle et le lieu convenus afin d’éviter toute ambiguïté sur les opérations d’importation.
Je suis Damien Roussel, rédacteur spécialisé en économie, entreprise et patrimoine. J’aide dirigeants et indépendants à décider vite et bien : je décrypte la finance, la gestion, la communication et l’immobilier avec des guides clairs, chiffrés et sans jargon.




